Par Quentin Chauve, le 15 Fevrier 2018

IPSEN


Cours : 115.00€
Conseil : Achat



 

I. Informations basiques et description de l’entreprise

       L’entreprise Ipsen est spécialisée dans la R&D, la fabrication et la commercialisation de médicaments. Elle réalise majoritairement son CA par la vente de médicaments (98,4%) avec des produits destinés à l’oncologie ou encore pour calmer les douleurs musculaires. Son ambition est de se développer davantage à l’horizon 2020 aux USA où elle est déjà un peu présente (3 sites sur la côte Est).

Avec un CA total de 1585 millions d’€ en 2016 et un résultat opérationnel de 363 millions d’€, cela fait d’elle un poids lourd du secteur.

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Après consolidation, le CA du groupe au 1er semestre 2017 est équivalent à 919,5 millions d’euros, en hausse de 18,8% d’une année sur l’autre.

Nous pouvons mettre cette large hausse sur le compte notamment des ventes de produits de Médecine de Spécialité qui ont atteint 764,6 millions d’euros, en hausse de 23,1%, tirées par la forte croissance de Somatuline et la contribution des nouveaux produits. La croissance de Somatuline de 31,8% a été tirée par la poursuite de l’augmentation des ventes en Amérique du Nord, et par une performance solide en Europe.

Les ventes le plus prolifiques se font elles en santé familiale  qui ont atteint 154,8 millions d’euros ce qui s’explique, entre autres, par une hausse des ventes de leur produit phare : le Smecta. Cette performance a été notamment tirée par le marché américain (+5% entre 2015 et 2017) et russe qui se révèle être en plein essor. L’Etat Russe ayant apporté un large soutien financier à l’industrie pharmaceutique depuis 2016.

Elle compte donc notamment réinvestir en se focalisant sur trois domaines thérapeutiques : l’oncologie, les neurosciences et les maladies rares, autour d’un objectif : développer des thérapies innovantes et différenciantes, dans des domaines où les besoins médicaux ne sont pas satisfaits.

Implantée dans 115 pays, la répartition du CA d’Ipsen est la suivante :

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Au 27 Janvier 2018, le titre se négocie à 114,55€ poursuivant sa tendance haussière débutée à la fin du mois de Décembre 2017.  Les indicateurs restent au vert, nous pouvons ainsi espérer passer la barre des 120€ d’ici fin Février.

De surcroît, avec près de 100 000 actions échangées chaque jour, nous pouvons affirmer que le titre est tout à fait liquide est qu’un achat de cette action trouvera racheteur plus tard.                                                                                                                                         En termes de répartition d’actions, notons le grand nombre d’actions flottantes (40,71%) qui côtoient les 56,6% de la holding Mayroy ou encore 1,35% auto-détenu.

Concernant tout ce qui touche aux dépenses de fonctionnement, il est à noter en 2016 une progression de 8,7% du budget de la R&D le portant à 208,9 millions d’euros. Cette progression parait somme toute évidente au vu de l’ambition internationale d’Ipsen et de sa volonté de développement de nouveaux produits davantage portés sur l’oncologie (avec notamment un accent mis sur la somatuline).

Si maintenant nous nous intéressons au bilan d’Ipsen, nous pouvons nous rendre compte de la belle évolution et de l’assainissement des comptes. En effet, Ipsen a selon le dernier rapport annuel (2016) investi considérablement, notamment en actifs incorporelles. Cela souligne encore une fois la volonté de développer de nouveaux produits, notamment lancer de nouveaux brevets. Outre cela, il est à noter que la trésorerie a subi un choc positif considérable, passant de 226 millions d’euros à 426 millions sur l’année 2016. Il est possible de rattacher cette hausse aux retombés des médicaments d’oncologie et de neurosciences pour lesquels Ipsen avait beaucoup investi depuis 2013. Enfin, soulignons la hausse du niveau des actifs, passant de 1,9 milliards d’euros à 2,4 milliards d’euros.

Le 16 janvier 2018, la présentation des données de CELESTAL lors du Symposium 2018 qui constitue l'une des principales annonces du 1er semestre 2018 a été un signal fort pour Ipsen. Elle valide l'idée qu'Onivyde, Cabometyx et Somatuline sont des pipelines à eux-seuls et qu'ils ouvrent la voie à de nouvelles indications, élargissant les marchés accessibles mais aussi confortant la franchise Oncologie du laboratoire français et les guidances 2020.

 

II. Résumé des investissements

Concentrons-nous maintenant davantage en détail sur les investissements du groupe Ipsen. Nous parlions auparavant de 208 millions d’investissement en R&D.  En effet, la firme a en 2017 choisi de dépenser dans de nouvelles usines pour pouvoir davantage produire. C’est le cas notamment avec sa nouvelle usine de Dreux qui aura coûté l’importante somme de 25 millions d’euros avec dans la foulée de 2018 13 millions d'euros dans une nouvelle ligne de production de stick Smecta. 

Il est à souligner également la signature, début 2017, d’un accord en vue d’une prise de participation dans l’entreprise Akkadeas Pharma, une société italienne spécialisée dans les produits de grands publics. L’objectif est clair, d’une part inonder le marché italien grâce à ce nouveau distributeur et d’autre part réaffirmer son ambition de développement de sa branche grand public. C’est notamment pour cela qu’en mai 2017, Ipsen a indiqué́ avoir finalisé l’acquisition précédemment annoncée d’un portefeuille de cinq produits de santé grand public de Sanofi souhaitant par cet achat soutenir encore davantage son activité de santé familiale, notamment le Prontalgine et ce pour 83 millions d’euros. L’objectif est clair : la croissance de son activité destinée au grand public.

III. Analyse macroéconomique du secteur

Premier fait et non des moindres à mettre en relief : tous secteurs confondus, la production pharmaceutique a dégagé en 2016 un excédent commercial de 7,6 milliards d'euros, alors que la balance commerciale française était déficitaire. C’est clairement une preuve de la compétitivité de l’industrie pharmaceutique française qui ne cesse de croître avec des vues notamment sur les pays africains. Certes, à l’indice parisien, certaines valeurs ont pris des chocs, notamment Sanofi qui est en ce moment sur un tendance baissière après un abaissement de recommandation par Morgan Stanley, mais c’est à mettre en parallèle avec la dépréciation sur ses stocks liées au vaccin contre la dengue. C’est donc temporaire pour l’une des plus grosses firmes du CAC.                                                                                      

Aussi, Une analyse poussée du secteur nous amène tout d’abord à nous intéresser aux dépenses en R&D, inhérentes en bon fonctionnement de l’industrie pharmaceutique. Ces dépenses en R&D ont crû dans le monde de 2,6% en 2016 et vont continuer sur cette lancée dans les années à venir, notamment en 2017 (3,4%) d’après Evaluate Pharma. Certes entre 2014 et 2016 les investissements moyens par site de production ont chuté de 6 M€/an à 4,8 M€/an avoisinant un total de 170 Millions d’euros par an en moyenne entre 2010 et 2015 mais la tendance est donc à l’augmentation des dépenses, ce qui amène à penser que le secteur est en plein essor. 

Nous pouvons mettre cela en regard des rapports sortis par l’Agence européenne du médicament (EMA) qui a émis plus de 60 opinions positives en 2016, contre 54 sur l’ensemble de 2015 et 43 en 2014. En 2017, la Coface estime, d’après les éléments fournis par Evaluate Pharma, que les dépenses en médicaments prescrits sur ordonnance devraient croître de 5% pour la France. Cela s’explique par la présence de plus en plus forte des médicaments de spécialité (plus d’un tiers du total des ventes). Selon un récent sondage de l’INSEE concernant les dépenses en médicaments, 78% des français estiment payer le juste prix. Cette information peut paraître banale mais si on la compare au 41% aux USA, elle devient cruciale. En effet, ce sont les consommateurs qui font a fortiori le CA de chaque entreprise et un prix jugé trop élevé entraînerait une chute des ventes et un effet boule de neige sur les dépenses en R&D.

De manière un peu plus large, notons que le vieillissement de la population s’accélère. Le besoin se fait de plus en plus pressent en médicaments ce qui implique une hausse des dépenses médicales et donc une hausse de CA pour le secteur. Il y a notamment une évolution des modes de vie avec globalement des conséquences mauvaises pour la santé. Par exemple, selon OMS, le nombre de personnes atteintes de diabète en 2017 a augmenté de 8%, d’où une hausse des demandes de traitements préventifs et d’équipements médicaux adaptés. C’est valable pour d’autres maladie. Donc encore une fois, hausse des dépenses médicales et donc hausse de CA.                                                  

Aussi, des partenariats de plus en plus solides de la part des pharmaceutiques françaises se nouent, notamment avec les USA ou encore l’Afrique. Par exemple, le marché de Sanofi en 2017 a été de 37% avec les Etats-Unis ou encore de 20% avec l’Afrique et les pays voisins. Cela fait avancer la recherche, donc accélère le processus de R&D, et donc nous rapproche du point ou le médicaments ou vaccins sera conçu. Les fusions-acquisitions, comme en 2016 et 2017, risquent aussi de faire parler d’elles en 2018 dans ce secteur. Déjà dans les premières trois semaines de 2018 il y a eu des acquisitions dans le secteur pharmaceutique pour une valeur de presque 30 milliards de dollars, ce qui représente un niveau qui n’était pas enregistré depuis l’époque avant la crise (2007). 

On parle de nombreux rapprochement, notamment encore une fois Sanofi qui cherche à acquérir davantage de laboratoire en Afrique ou encore Unilever qui, après avoir acquis Syndical Brands, chercherait une nouvelle alliance sur le territoire américain.

Il est enfin intéressant de comparer le secteur pharmaceutique français avec celui d’autres pays, plus particulièrement avec celui de nos voisins belges. En effet, après 3 ans à surperformer l’industrie belge, 2017 a marqué un contraste saisissant entre les deux pays : depuis novembre 2016, les biotechs belges ont progressé de 45%, tandis que les biotechs françaises sont stables. Si bien que les biotechs belges sont aujourd’hui sur leur plus haut. Serait-ce un danger pour la compétitivité pharmaceutique française ?

 

IV. Analyse financière 

Nous allons dans cette nous intéresser aux résultats financiers d’Ipsen. Nous nous intéresserons également à une analyse chartiste qui appuiera le conseil d’achat.

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Ce tableau montre bien l’évolution d’Ipsen entre les premiers semestres de 2016 et 2017. Un CA qui a fait un bon, notamment de part comme nous le disions de la réussite de ses produits grands publics mais aussi grâce aux réussites en R&D. Notons la forte hausse de l’EBITDA sur l’exercice, hausse de 29% qui prouve une très forte rentabilité du groupe. La volonté des dirigeants est ici respectée, à savoir une mise en réserve des bénéfices pour investir d’autant plus. C’est ce que la forte variation du taux d’investissement (CAPPEX/CA) souligne : Ipsen dépense énormément en R&D pour se permettre de constamment innover ou acheter des brevets. C’est à cela que nous reconnaissons encore une fois une réussite de la part des dirigeants.

Intéressons-nous maintenant au cours de bourse. Au 28 Janvier 2018 comme nous le disions précédemment, l’action Ipsen était évaluée à 114,55€ soit une hausse de 62% depuis la même date en 2017. On peut donc voir que le titre connaît une progressions constante et solide malgré le changement de gouvernance ayant eu lieu milieu 2016.  Le titre a certes commencé une légère descente à partir de Juillet 2017 comme nous pouvons le voir sur le graphique mais cela n’était que temporaire et dû à un problème de validation de produits avec la FDA ainsi que des opérations d’investissement conséquent, notamment dans des produits.

Si nous prenons le MACD, il apparaît positif : la ligne de signal reste haute depuis début 2018, c’est un nouvel indicateur d’achat. Comme nous pouvions nous en douter, la courbe était en dessous de sa ligne de signal depuis le milieu de 2017 mais encore une fois c’était temporaire.

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Il faut maintenant croiser cette information avec l’analyse des bandes de Bollinger. En effet, le titre a tapé la bande en Novembre 2017 pour repartir à la hausse. Cela confirme la solidité du titre qui vient de nouveau de retaper la bande inférieure, signe de prospérité à venir. Les moyennes mobiles à 20 et 50 jours peuvent nous faire peur du fait de leur croisement à la baisse mais la moyenne mobile à 100 jours reste largement haussière, rassurant sur la hausse du titre à long terme.

Avec des volumes qui restent conséquents, le titre possède toutes les caractéristiques d’un titre qui va continuer sur le long terme sa tendance haussière.

 

V. Risque d’investissement

Nous dégagerons ici un premier risque pour les investisseurs : le fait que l’activité française décroche. En 2016, le pays n'a été inclus que dans 26 % des études cliniques européennes contre 31 % en 2015. Entre 2012 et 2016, seuls 21 médicaments, sur les 282 autorisés par l'Agence européenne du médicament, ont été produits en France (contre 86 pour l'Allemagne, et 68 pour le Royaume-Uni). Appuyons cela avec le fait qu’aucune innovation thérapeutique majeure n’a été reconnue par la Commission de transparence de la Haute Autorité de la Santé. C’est à mettre en parallèle avec un problème français persistant, à savoir le comblement du trou de la Sécu. En effet, pour le combler, il est demandé aux industries pharmaceutiques de plus en plus réduire leurs prix, notamment sur les médicaments remboursables. Mais ce fait a un impact néfaste sur l’innovation : après s’être servis sur les médicaments rentables à grosse diffusion, les pouvoirs publics s’attaquent maintenant à l’innovation.

Autre risque et non des moindres, celui lié aux résultats des « candidat-médicaments ». Ces candidat-médicaments ont des résultats binaires ce qui induit qu’un candidat-médicament qui est commercialisé après des essais concluants pourra générer des millions de dollars de revenus pendant sa durée de vie, voire des milliards pour un « médicament blockbuster ». Inversement, il peut tout autant être raté et ne rien rapporter, ce qui peut vraiment être pénalisant pour les sociétés pharmaceutiques qui ont dépensé beaucoup d'argent pour faire avancer leurs candidat-médicaments par des essais cliniques.

Aussi, il y a de nombreux risques réglementaires notamment concernant le processus de remboursement des médicaments les plus coûteux et surtout le processus d'approbation des médicaments par la FDA aux USA, l’Agence européenne des médicaments en Europe ou encore l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé en France.

Aux Etats-Unis par exemple, il est nécessaire de débourser la somme de 0,6 milliards de dollars pour développer un nouveau médicament et gagner l'approbation de la FDA. La grande majorité des candidat-médicaments ne passent pas le processus d'approbation de la FDA.

VI. Conclusion

Ainsi, Ipsen nous prouve que c’est un titre qu’il faut surveiller pour cette année 2018. Tous les indicateurs, microéconomiques, comme financiers, sont au vert. Le titre est haussier à court et long terme.  C’est pour cela qu’il faut profiter de son élan haussier maintenant. Le conseil est donc à l’achat.