Par Samuel Cohen, le 28 décembre 2016

LAFARGE HOLCIM


Cours : 50,06€
Conseil : Achat
Objectif : 53€
Horizon : 3 mois

Executive summary

  • Un groupe né d’une fusion ambitieuse
  • Une stratégie d’implantation sur les six continents
  • Des difficultés liées à une restructuration rapide
  • Des bons résultats récents et de nouvelles opportunités
I. Le groupe

Un groupe fraîchement né d’une fusion

LafargeHolcim est un groupe franco-suisse très jeune, fruit de la fusion en juillet 2015 entre le français Lafarge (1833) et le suisse Holcim (1912), les deux leaders dans le secteur des matériaux de construction. De ce fait, LafargeHolcim est le leader mondial sur ce secteur en dépit d’une forte concurrence représentée notamment par Cemex et CRH PLC, avec un chiffre d’affaires 2014 s’élevant à 30 milliards d’euros et un effectif de 115 000 salariés présents dans plus de 80 pays. Les principaux sous-secteurs d’activité de LafargeHolcim sont le ciment et clinkers (60% du chiffre d'affaires), le granulat et autres sables (10%) et le béton prêt à l’emploi ainsi que l’asphalte (30%). L’entreprise est cotée sur Euronext et fait partie du CAC 40. Son actionnariat est composé à 75% de flottant. Les actionnaires principaux sont M. Schmidheiny (11,4%) ou encore le Groupe Bruxelles Lambert (9,4%)

Une fusion logique mais aux conséquences incertaines

La fusion entre les deux entreprises a été annoncée en avril 2014 et semblait assez logique compte tenu de la proximité des deux groupes sur les plans financiers, qui présentent des bilans assainis des deux côtés du fait d’efforts après la crise, ainsi que de leur complémentarité géographique et productive. De fait, cette fusion avait principalement pour objectif de proposer à terme une offre plus large de la gamme de produits. Dans une économie mondialisée où les entreprises du secteur s’internationalisent de plus en plus, les deux groupes européens se sont alliés pour faire face à leurs concurrents respectifs que sont le mexicain Cemex (14 milliards de dollars de chiffre d'affaires, 59 millions de dollars de résultat net) ou encore l'irlandais CRH PLC (26 milliards d’euros de chiffre d'affaires, 700 millions d’euros de résultat net).

Cependant, après un léger emballement financier suite à l’annonce de la fusion (les cours de Lafarge et Holcim ont pris respectivement 9% et 7% le jour de l’annonce) et des objectifs (intenables pour certains analystes) recherchés, la fusion s’est révélée en premier lieu décevante pour la nouvelle entreprise LafargeHolcim. Les premiers résultats publiés sont en effet en-dessous des pronostics (baisse de l’EBE, moins de ventes que prévu, coûts de la restructurations liés à la fusion sous-estimés…). Les conséquences sont bien-entendu une chute vertigineuse de l’action, elle qui fluctuait autour de 70 francs suisses au moment de la fusion baisse jusqu’à atteindre moins de 34 CHF en février 2016. 

Néanmoins, des bons résultats qui commencent à se faire sentir<

Si les premiers mois de la fusion furent périlleux, LafargeHolcim est remontée en puissance au cours de l’exercice 2016. De fait, les récents résultats qui confirment les objectifs annoncés font du bien à la firme dont le cours remonte depuis le mois de mars vacillant aujourd’hui autour de 55 CHF (51€). Les restructurations touchent à leurs fins et les diverses ventes d’actifs ont été effectuées. Les résultats publiés conviennent aux investisseurs qui voient le groupe rattraper le retard pris sur les divers concurrents. Les résultats du premier semestre sont très satisfaisants. Le PDG Eric Olsen affirmait que le second trimestre marquait un point d’inflexion avec la hausse de l’excédent brut d’exploitation de 6%, alors que cet indicateur subissait une baisse constante depuis l’été 2015 avec la mise en place de la fusion. Certains objectifs pour fin 2016 ont par ailleurs été rehaussés.

Des prévisions bien meilleures que celles des concurrents
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Le tableau de valorisation ci-dessus compare LafargeHolcim à ses trois principaux concurrents à l’international que sont Cemex, CRH PLC et HeidelbergCement. Les EBITDA margins (EBITDA divisé par le chiffre d'affaires) prévues pour 2017 et 2018 de LafargeHolcim sont supérieure à celle de ses trois concurrents, ce qui confirme qu’après un début de fusion compliqué et des coûts de restructuration lourds, l’entreprise va retrouver une structure de production leader sur le marché. L'estimation du P/E ratio 2017 de LafargeHolcim illustre quant à lui la hausse prévue du cours de l’action lors de l’année à venir.

II. Données financières

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Le tableau ci-dessus montre très explicitement que la fusion a eu un coût considérable pour les deux entreprises. Le résultat net est négatif donc tous les indicateurs qui en dépendent le sont forcément aussi. L’entreprise a perdu de l’argent en 2015 à cause de son Q4 qui a subi tous les coûts de la fusion (3 milliards de dépréciation d’actifs et de charges du fait des cessions et du ralentissement d’activités dans plusieurs pays pour se plier aux autorités de la concurrence). En conséquence, le cours de l’action a fortement chuté de 26% entre le 31 décembre 2014 et le 31 décembre 2015 et les dividendes ont augmenté de 115% pour motiver les actionnaires à rester en dépit des mauvais résultats. En ce qui concerne l’exercice 2016 (jusqu’à fin septembre), le résultat net comme l’EBITDA sont supérieurs à ceux de 2015 (qui n’étaient pas mauvais étant donné que le Q4 a tout subi). Le PER est en hausse du fait de la diminution de l’EPS ainsi que de l’augmentation du cours, ce PER est supérieur à ceux de ses concurrents (Cemex autour de 8, Anhui Conch 11,5). Le Price-to-book ratio est quant à lui en augmentation du fait de la baisse du BVPS: cela est du aux nombreuses cessions d’actifs comme par exemple l’abandon des activités en Inde suite à la fusion. 

Les prévisions pour l’année à venir sont une hausse du Price-to-Book ratio ainsi que de l’EPS du fait d’une hausse du cours prévue.

III. Analyse chartiste

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L’analyse chartiste du titre nous donne des signaux assez contradictoires. D’une part, le cours de l’action a subi une forte hausse au début du mois de novembre suite à la publication des résultats du Q3 qui furent positifs ainsi qu’à l’élection de Donald J. Trump à la présidence des Etats-Unis. Cependant, cette envolée du titre prit fin avec l’abaissement des prévisions de l'EBE pour 2018 vers la fin du mois. A ce jour, le cours a clôturé à 50,06€, la moyenne mobile sur 20 jours est très légèrement inférieure à la moyenne mobile sur 50 jours (49,61€ contre 49,69€) mais les deux sont supérieures à la celle sur 100 jours (49,41€), ce qui révèle un cours assez stable. Le MACD nous envoie un signal positif étant donné que la courbe de MACD rapide vient de couper à la hausse sa courbe de signal, ce qui incite à l’achat du titre. La courbe de RSI, elle, stagne autour de 45/55 (aujourd’hui à 52) depuis environ un mois et ne nous envoie donc aucun signal de sous-achat ni de sur-achat. Enfin, l’indicateur stochastique est lui assez difficile à interpréter car, bien qu’il ne soit pas dans une zone extrême, la courbe %D est très proche de la courbe %K (2 points d’écart aujourd’hui, 1 point vendredi dernier) et si la courbe %D venait à couper la courbe %K à la hausse, cela inciterait à un mouvement baissier du marché. Il faut donc surveiller cet indicateur dans les jours à venir tout en le relativisant avec la courbe de MACD.


IV. Conclusion

Ainsi, l’analyse financière montre une meilleure santé de l’entreprise tandis que l’analyse chartiste un cours globalement assez stable sur les derniers mois, qui augmente et baisse légèrement au gré des nouvelles sur le plan international et des déclarations venant de l’entreprise. Les résultats du trimestre dernier sont bons et les résultats annuels de mars 2017 devraient être en hausse par rapport aux résultats de 2015. De plus, il ne faut pas négliger l’actualité et l’élection de Donald J. Trump à la présidence des Etats-Unis qui va sans doute contribuer à une hausse de l’activité de l’entreprise aux Etats-Unis. En effet, le programme du Président élu bénéficie largement aux entreprises du BTP et des matériaux de construction. Selon des experts de JPMorgan, les investissements que souhaite faire Donald J. Trump pour remettre à niveau les équipements publics américains sont de l’ordre de 1 000 milliards de dollars. Nul doute que l’application de ce programme, rappelé dans son discours de victoire : « Nous allons rebâtir nos centre villes, reconstruire nos autoroutes, nos ponts, nos tunnels, nos aéroports, nos écoles et nos hôpitaux » est une bonne nouvelle pour les cimentiers dont LafargeHolcim fait partie.

Sources: ProRealTime, Boursorama, Morningstar, Zone Bourse, Le Figaro, Les Echos et lafargeholcim.com