Par Samuel Cohen, le 27 Septembre 2017

LUXOTTICA



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1) Le leader mondial des montures de lunettes

Luxottica est un groupe italien leader dans la distribution de montures de lunettes. Cette entreprise a été fondée en 1961 et est, entre autres, propriétaire de Ray-Ban, elle dispose aussi de 27 marques de lunettes sous licences dont certaines renommées comme par exemple Chanel, Prada ou encore Armani. L’actionnaire majoritaire n’est autre que la famille du fondateur Leonardo del Vecchio avec 61,8% du capital, la part des actions flottantes est de 27,7%. La répartition géographique du chiffre d’affaires est la suivante : Europe (18,4%), Amérique du Nord (58,3%), Asie-Pacifique (13,3%) et autres (10%). Cette forte présence en Amérique du Nord fait qu’elle fût cotée à New York dès 1990, avant Milan en 2000.


2) Une stratégie d’intégration verticale qui s’est avérée payante

Le groupe a assez vite compris comment se maintenir dans un environnement qui se mondialisait de plus en plus durant les années 1990 et 2000. A coups d’OPA, l’entreprise a acquis des distributeurs dans le marché des lunettes à la fois en amont et en aval de sa chaîne de production. Rachats de l’américain LensCraffter en 1995 puis de Sunglass Hut en 2001 qui lui ouvrent encore plus de 5000 magasins aux Etats-Unis ainsi qu’en Asie et en Afrique, OPA sur OPSM (chaîne australienne) en 2003 pour prendre le contrôle de 35% du marché en Océanie, Luxottica est ainsi rapidement devenu numéro 1 dans le milieu, loin devant Safilo, le numéro 2 lui aussi italien.


3) Une domination de marché qui va se maintenir

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L’entreprise va très certainement maintenir sa position dominante pendant quelques années, les prévisions pour 2017 et 2018 montrent que l’augmentation de la marge d’EBITDA est supérieure à celles de ses concurrents. De plus, la hausse du CA de Luxottica est, certes inférieure à celle de Jin Co Ltd qui est en pleine expansion, mais elle est à la seconde place et il faut rappeler que le chiffre d’affaires de Luxottica est largement supérieur à ses concurrents avec 9 milliards contre un peu plus de 1 milliard pour Safilo et Fielmann AG qui le suivent dans ce domaine. Enfin, cette domination est aussi validée par les marchés qui l’évaluent à 2,6 fois son chiffre d’affaires.


4) Des résultats toujours au vert

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Ce tableau montre clairement la bonne tendance de l’entreprise qui voit son chiffre d’affaires augmenter en continu ainsi que sont EBITDA et son résultat net avec notamment une hausse de ce dernier de 18% au premier semestre de l’exercice 2017 en comparaison du premier semestre 2016, ce qui illustre un business plan qui fonctionne. Cependant, si les marchés ont dans un premier temps suivi ces bons résultats avec une nette hausse du cours de l’action, celui-ci a connu une chute au cours de l’été 2017, malgré l’arrivée de bons résultats, notamment du fait de tractations dans le projet de fusion avec Essilor (voir le point 5 pour plus de détails). Globalement, les institutions financières restent confiantes quant à la solidité économique et financière de Luxottica, on notera à titre d’exemples les constantes recommandations d’achat ou de surpondération qui émanent de Morgan Stanley ou encore la valeur intrinsèque du titre - estimée par le broker Bryan Garnier – variant entre 62€ et 64€ selon les fluctuations du dollar (37% de l’activité de l’entreprise étant réalisée aux Etats-Unis).

La baisse du dividende distribué aux actionnaires et elle aussi symptomatique de la bonne santé de l’entreprise et va de pair avec la hausse constante du BNPA (or S1 2017, celui-ci étant calculé sur la base d’un résultat net sur six mois seulement). Les actionnaires ont en effet besoin de moins de garanties de la part de la direction pour être incités rester propriétaire du capital de l’entreprise.

Enfin, si le taux d’endettement a augmenté au cours de l’exercice 2016, la tendance de cet indicateur est depuis plusieurs années à la baisse et les prévisions pour 2017 confirment cela avec un taux d’endettement estimé à 0,4 pour la clôture de l’exercice en cours.

5) Une fusion avec Essilor pour passer un nouveau cap

Le 15 janvier dernier, Luxottica annonce sa fusion avec le géant français des verres optiques Essilor. Avec des activités complémentaires, nul doute que ce partenariat s’avèrera fructueux. A l’annonce de cette opération, le cours de l’action s’est envolé et a clôturé la journée du 16 janvier à 13% de hausse. L’entreprise qui naîtra de cette alliance en fin 2017 sera forte de 140 000 salariés à travers la monde et sa capitalisation boursière avoisinera les 50 milliards d’euros, ce qui constituerait la 7e plus forte valorisation de la place boursière parisienne. Cette opération est par ailleurs de très bonne augure pour le board italien qui contrôlera environ 35% de la future société. Fort de leurs 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires en combiné, cette fusion fera d’eux un poids lourd mondial dans le domaine, eux qui sont déjà leaders dans leurs champs respectifs. L’un des projets principaux d’Essilor et Luxottica est d’investir massivement dans les lunettes connectées avec comme objectif de concurrencer sérieusement Google qui, jusqu’à maintenant n’a fait qu’un flop sur ce terrain d’innovation.

Cependant, si la grande majorité du monde financier approuve cette fusion en devenir, certaines instances sont plus sceptiques quant aux conséquences de celle-ci. De fait, la Commission européenne a annoncé ce mardi 26 septembre l’ouverture d’une enquête approfondie pour être certaine que des abus de position dominante ne soient pas mis en œuvre une fois la fusion établie, notamment le recours possible à des pratiques telles que la vente groupée ou liée qui sont rigoureusement encadrée par la législation européenne.

6) Un été difficile et un avenir incertain pour le cours de l’action

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Après une hausse continue du cours de l’action Luxottica pendant de longs mois, dopé par l’annonce de la fusion avec Essilor, le titre a connu un été tumultueux. En effet, après des dépôts de notifications conjoints le 24 juillet aux autorités de la concurrence des Etats-Unis qui témoignent de la bonne lancée des négociations, le titre s’est écroulé deux jours plus tard après la publication des résultats semestriels d’Essilor. En effet, malgré les bons résultats de Luxottica (mentionnés plus haut), l’action de l’entreprise a été logiquement négativement impacté par la baisse de 6% des bénéfices d’Essilor, l’entreprise avec laquelle la fusion est en cours. On remarquera aussi qu’à cette période, le titre était en fort sur-achat avec une courbe de stochastique rapide s’approchant des 90. Après la légère chute de la fin du mois de juillet, le cours fluctue entre 47€ et 50€ au gré des nouvelles concernant la fusion ainsi que les fluctuations du dollar (conférence de Jackson Hole fin aout qui a un impact négatif sur le cours dollar/euro, baisse du pouvoir d’achat des Américains).

Quant à l’avenir du cours de l’action, il est à ce moment assez incertain. En effet, il est sûr que l’enquête approfondie lancée le 26 septembre par la Commission européenne sur la fusion en cours avec Essilor lance une vague de froid sur les marchés. Cependant, le fait qu’une instance de contrôle européenne puisse, pendant longtemps, mettre des bâtons dans les roues dans une fusion qui vise à créer un géant mondial européen est difficile à croire, alors même que la fusion a été approuvée sur tous les autres grands marchés mondiaux. Ainsi, hormis cette enquête, aucune ombre ne semble planer sur l’avenir de l’entreprise qui en outre affiche situation chartiste propice à l’achat. Effectivement, avec une courbe de stochastique en dessous de 20 et un RSI à 35, le titre est en fort sous-achat et il ne serait pas étonnant de le voir prendre de la valeur dans les semaines à venir si l’Union Européenne laisse cette fusion se dérouler librement, comme les marchés financiers l’espèrent.

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