Par Thibaud Noel, le 9 janvier 2017

VIVENDI


Cours : 18,33€
Conseil : Achat
Objectif : 19€
Horizon : 3 mois

Fondée en 1853 sous le nom de Compagnie générale des eaux, puis renommée en 1990 après un renforcement dans les nouvelles technologies sous la présidence de Jean-Marie Messie, Vivendi est une multinationale française spécialisée dans la communication et le divertissement. Présent à travers le monde, le groupe est actif dans l’univers des contenus, des médias et des télécommunications. Il concentre ses activités autour du groupe Universal Music Group, GroupeCanal+, Vivendi Village, Dailymotion et Gameloft. Les principaux actionnaires sont Bolloré SA (15,3%) et les salariés pour 3,52%. En 2014, Vivendi, en tant que deuxième groupe de divertissement au monde derrière The Walt Disney Company, est aujourd'hui l'un des principaux fournisseurs de contenus dans le monde.

Sur l’année 2015, Vivendi affiche un résultat net d’environ 1 932M d’euros et une trésorerie de 6 398M d’euros à la clôture. Solidement ancré à la Bourse de Paris où il appartient à l’indice CAC 40, le groupe a une capitalisation boursière de 25,1 Mds d’euros.

I. Le secteur

1/ Son business

Groupe industriel intégré dans les médias et les contenus, Vivendi est présent sur toute la chaîne de valeur qui va de la découverte des talents à la création, l’édition et la distribution de contenus. Il regroupe plusieurs entreprises leaders dans les contenus et les médias : Universal Music Group, Groupe Canal+, Vivendi Village, Dailymotion et Gameloft. Universal Music Group est le leader mondial de la musique présent tant dans la musique enregistrée que l’édition musicale et le merchandising. Groupe Canal+ est le numéro un de la télévision payante en France, présent également en Afrique, en Pologne et au Vietnam. Sa filiale Studiocanal occupe la première place du cinéma européen en termes de production, vente et distribution de films et de séries TV. Vivendi Village rassemble Vivendi Ticketing (billetterie), MyBestPro (conseil d’experts), Watchever (vidéo à la demande par abonnement), et entre autres la salle de spectacle L’Olympia. Avec 3,5 milliards de vidéos vues par mois, Dailymotion est l’une des plus grandes plateformes d’agrégation et de diffusion de contenus vidéo au monde.

Au milieu des milliards générés par Universal et Canal, Gameloft est quant à elle une entreprise pionnière dans l’industrie des jeux vidéo mobiles qui a su prendre en compte les évolutions du marché et les avancées technologiques en gardant une vision innovante. Ainsi, Vivendi a pris le temps de s’attarder sur le cas de Gameloft qui, au troisième trimestre de 2016, a enregistré une légère croissance de son chiffre d’affaire (63M d’euros).

Avec un CA qui a augmenté d’environ 700M d’euros entre 2014 et 2015, le CA par activité a lui aussi augmenté. Ainsi, avec le graphique ci-dessous, nous remarquons que le Groupe Canal+ est l’entreprise qui rapporte le plus à Vivendi (5 513M d’euros). Enfin, la France représente 41% du CA du groupe mais suite à une nouvelle stratégie qui vise à s’ouvrir sur le monde, le groupe réalise 1540M d’euros dans le reste du monde (hors USA et Europe) soit 15% de son CA.

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Néanmoins, suite au dernier bilan, on constate que les revenus du Groupe Canal+ ont baissé de 3,3% et atteignent 3,902Mds d’euros, contre 4Mds un an plus tôt. Ce recul, l'entreprise le doit principalement à une chute de 5,6 % des ventes de bouquets de chaînes payantes en France. Le nombre d'abonnés individuels dans l'Hexagone aux offres du Groupe Canal+ est lui aussi en baisse et s'établit au 30 septembre à 5,384 millions, soit un départ de 71 000 clients en trois mois et de 542 000 clients en un an. Ainsi, si les jours chantent pour Vivendi, c’est notamment grâce aux bonnes performances enregistrées par sa filiale Universal Music. En effet, le pôle musique est parvenu à s'adapter aux nouvelles tendances du marché (streaming par exemple) qui font plus que compenser la baisse des ventes de téléchargement numérique et physiques. Son chiffre d'affaires sur 9 mois a ainsi progressé de 3,8%, tandis que son résultat opérationnel courant a grimpé de 37,4% grâce à la réduction des frais généraux. De facto, sur les neufs premiers mois de 2016, ses revenus atteignent 3,6Mds d’euros.

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2/ Sa stratégie : du recentrage au redéploiement

L’année 2015 a été marquée par la montée en puissance de Vivendi, qui a finalisé son programme de cessions puis amorcé un redéploiement d’envergure dans les médias et contenus. En mai 2015, Vivendi s’est, entre autres, totalement désengagé de NumericableSFR en vendant sa participation de 20 % pour un montant total de 3,9 milliards d’euros. Réalisées dans des conditions de marché avantageuses, ces opérations ont permis à Vivendi de renforcer une situation de bilan déjà régénérée par les cessions finalisées en 2014 (Maroc Telecom et SFR). De fait, doté de puissantes capacités financières, Vivendi a opté pour une réaffectation équilibrée d’une partie de ses ressources entre la rémunération de ses actionnaires et le redéploiement de ses activités. Dès lors, Vivendi a mobilisé des moyens importants pour renforcer sa présence dans la création et la distribution de contenus. Cette stratégie de développement s’est traduite à la fois par des acquisitions ciblées et des prises de participations opportunistes : en juin 2015, Vivendi a finalisé l’acquisition de 80 % de la plateforme Dailymotion ou encore, en octobre 2015, Vivendi a pris une participation au capital d’Ubisoft et Gameloft, deux sociétés françaises au savoir-faire mondialement reconnu dans les jeux vidéo, respectivement à hauteur de 14% et 29%.

Aujourd’hui, Vivendi est l’une des rares entreprises de médias à être présente sur tous les continents et à réaliser un chiffre d’affaires réparti sur différentes régions du globe. Les métiers du groupe rayonnent dans plusieurs zones géographiques : UMG est implanté dans près de 60 pays, Groupe Canal+ a franchi les 2 millions d’abonnés payant sur le continent africain et environ un tiers des 3,5Mds de vidéos visionnées chaque mois sur Dailymotion le sont en Asie.

Cela étant, Vivendi doit encore amplifier son internationalisation ; c’est pourquoi, le groupe entend tisser des liens avec des opérateurs télécoms de grandes envergures. C’est dans cette logique que le groupe est entré dans le capital de Telecom Italia et s’est rapproché de Telefonica, deux opérateurs comptant environ 450M de clients en Europe du Sud et en Amérique Latine.

3/ Analyse macro-économique du secteur des médias :

Le modèle économique du média télé est sérieusement mis à mal par la concurrence de plus en plus féroce des géants d'internet. En outre, les chaînes de télévision voient leurs téléspectateurs partir vers le Web et doivent changer leur stratégie, qu’elles soient américaines ou européennes. Concernant la diffusion de grands évènements sportifs, Facebook s'est positionné pour acquérir les droits de matchs du championnat professionnel de football américain. Quant à Twitter, il s'est positionné comme diffuseur exclusif sur Internet des matchs du jeudi soir de la Ligue nationale de football américain en 2016. Les chaînes de télévision sont non seulement concurrencées sur le terrain du sport mais aussi sur le plan de l'information. Ainsi, Periscope a couvert les manifestations Nuit Debout en France et YouTube va également lancer l'année prochaine "Unplugged", un service payant donnant accès à une série de chaînes de télévision en direct.

Entre des coûts de contenu qui explosent, des abonnés qui désertent, les acteurs du câble du monde entier sont touchés. Le groupe Viacom, propriétaire des chaînes MTV ou Nickelodeon, a vu son chiffre d’affaires reculer sur son activité télévision au dernier trimestre et son cours de Bourse s’effondre de plus de 20% au début de l’année 2016. Néanmoins, face au développement d’offres spécifiques sur le Web, certains commencent à réagir afin d’endiguer la fuite des téléspectateurs : HBO a lancé un service Inter à 10 dollars ou encore Disney avec Sling TV. Ce changement de stratégie se retrouve également de l’autre côté de l’Atlantique où le britannique Sky a entirement revu son offre et sa technologie pour conquérir de nouveaux téléspectateurs.

Quid de Vivendi ? Outre l’échec de son rachat de BeIn Sport, Vivendi a du récemment faire face à une nouvelle qui risque d’impacter son activité et notamment son implantation aux Etats-Unis. En effet, le mois dernier, le géant des télécommunications s’est offert pour 85 milliards de dollars le mastodonte Time Warner, qui comprend HBO, CNN et Warner Bros. En réunissant l’un des principaux opérateurs de téléphonie mobile aux Etats-Unis et des réseaux câblés, la fusion permettra à AT&T d’innover et ainsi de concurrencer les nouveaux arrivants tels qu’Amazon, Netflix et désormais Google. Alors, certes les Etats Unis représentent 21% du CA de Vivendi soit 2 191M d’euros (augmentation de 25% par rapport à l’année dernière), mais en raison de toutes ces mutations sectorielles, le groupe se doit d’innover afin de rester compétitif dans cette région. Pour ce faire, Vivendi prépare pour avril 2017 une nouvelle version de Dailymotion afin de concurrencer Youtube. De plus, des rumeurs circulent sur une possible fusion entre Vivendi et le groupe mondial de conseil en communication Havas afin d’accélérer l’expansion de Vivendi à l’international et notamment aux USA. Enfin, Vivendi a annoncé sa volonté de racheter l’italien Mediaset Premium avec pour objectif de créer un empire des médias capable de rivaliser avec le britannique Sky, comme le géant américain Netflix et de contrer la fusion entre AT&T et Time Warner.

II. Reflexion sur les indicateurs financiers

1/ Le bilan des six premiers mois de 2016

Le 9 novembre 2016, Vivendi a publié sur son site internet les résultats des six premiers mois de 2016 et le moins que l’on puisse dire est que le groupe continue sur sa lancée de 2015. En effet, en découle quatre points principaux : - Résultat net ajusté de 625 millions d’euros, en hausse de 24,8 % - Une forte croissance de l’ensemble des activités d’Universal Music Group, en particulier dans le streaming et les abonnements - Poursuite de la progression des activités internationales de Groupe Canal+ et le plan de transformation de Canal+ en France est bien engagé - La nouvelle stratégie de Gameloft est en place, établissement de la pratique du soft launch et accélération du rythme de sortie de jeux à partir du quatrième trimestre 2016.

Alors que les investisseurs commençaient à douter du bien-fondé de la stratégie de Vivendi, à la lumière de la présentation de ses derniers résultats financiers, Vivendi semble se porter de mieux en mieux comme le prouvent les résultats du troisième trimestre 2016. Sur les neuf premiers mois de 2016, l'entreprise affiche une croissance de ses revenus de 1,3 %, qui atteignent désormais 7,712 milliards d'euros. Le bénéfice net atteint quant à lui 1,117 milliard d'euros, et a été multiplié par 2,1 par rapport à l'an dernier. Cela permet de réaliser certaines opérations, comme l'OPA sur Ubisoft, pressentie par les marchés depuis de longs mois.

2/ Les perspectives

Le 14 novembre 2016, Vivendi franchit une nouvelle étape dans l’e-sport. Après avoir passé un partenariat avec ESL, le leader mondial dans l’organisation d’évènements e-sport, Groupe Canal+ vient d’annoncer l’organisation de l’EA Sports FIFA 17, l’une des compétitions officiels sur le mode de jeu le plus populaire du jeu FIFA 17. Cette compétition sera diffusée également sur Dailymotion et sur les plateformes numériques du groupe Canal.

Le 25 novembre 2016, Vivendi a lancé en France Studio+, une offre de séries courtes premium pour mobiles à vocation internationale. Ce lancement fait suite au lancement du 17 octobre 2016 au Brésil qui a été réalisé en partenariat avec Vivo, la marque commerciale de Telefónica Brasil, leader des télécoms dans le pays. En partenariat avec de nombreux opérateurs télécoms, il sera également bientôt disponible en Europe, ainsi qu’aux Etats-Unis et en Asie. Par ce lancement, Studio+ répond à la demande croissante des utilisateurs de smartphones pour des contenus courts.

Le 22 décembre 2016, Vivendi a annoncé qu’il se rapprochait des 30% du capital de Médiaset, seul de déclenchement d’une OPA. En effet, Vivendi a continué ses achats de titres avec comme résultat la détention 28,80 % du capital et 29,94 % des droits de vote du groupe italien dont il est devenu actionnaire la semaine auparavant.

Vivendi entend créer au moins 50 salles de spectacles sur le continent africain, déployer la fibre optique et poursuivre son implantation dans le marché de la TNT. Déjà présent dans plus de 25 pays africain, le groupe table sur 2,5 millions d’abonnés actifs à la fin de l’année. Canal+ n’est toutefois pas le seul groupe audiovisuel à se positionner sur le marché africain. Sur la TNT par exemple, plusieurs mastodontes du secteur comme le chinois StarTimes ont eux aussi remporté des appels d’offre (les deux s'affrontent d'ailleurs en ce moment en Côte d'Ivoire dans le cadre d'un appel d'offres).

3/ Des données financières récentes

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Les deux valeurs surlignées en rouge démontrent bien que les résultats sont supérieurs aux attentes et aux différentes prévisions. Si le résultat net a été divisé par 4 entre 2014 et 2015, ceci s’explique très facile par sa nouvelle stratégie -comme expliqué précédemment- d’acquisitions telles que Dailymotion, Telecom Italia, Mars Film et Gameloft : tous ces investissements sont des multiplicateurs de valeur pour le groupe.

4/ Etude comparative

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Avec un CA bien inférieur à celui de The Walt Disney Company et Time Warner, Vivendi se positionne derrière les deux mastodontes du marché des médias et du divertissement. Néanmoins, avec un CA en constante croissance, Vivendi reste un des acteurs majeurs de ce secteur. Rappelons que Vivendi est troisième dans le secteur du divertissement, Viacom et British Sky Broadcasting ne faisant pas parti de ce secteur là. Avec une marge nette de 7,35%, Vivendi témoigne de sa capacité à dégager des bénéfices malgré une année 2015 qui a été marqué par de nombreux investissements.

Lorsque l’on regarde le PER, on s’aperçoit qu’il est supérieur à la moyenne : le marché attend donc une croissance de cette valeur. Néanmoins, le Price to Book Ration de Vivendi, assez bas par rapport à la moyenne du secteur, vient rappeler qu’il existe des incertitudes concernant cette valeur, contrairement à son concurrent The Walt Disney Company qui semble attirer le plus de confiance à moyen et long terme avec un ratio de 3,6. Ces deux remarques seront d’ailleurs vérifiées par l’analyse chartiste qui suit.

III. Analyse Chartiste

Au 6 janvier 2017, le cours de Vivendi (VIV) est à 18,33 EUR, soit une hausse de 0,49% par rapport au 5 janvier 2017. Les résultats des neufs premiers mois ont été ressentis dans le cours. En effet, on peut voir (dans les graphiques ci-dessous) que le titre a connu une hausse de 8,7% le 9 novembre 2016, passant de 18,07EUR à 19,7EUR en 1 jour. Après avoir été bloqué entre la ligne de résistance et de support depuis avril 2016, le titre a largement atteint sa résistance à 18,6EUR et a tapé la bande supérieure de Bollinger. Néanmoins, le mois de décembre a été marqué par deux baisses significatives (le 10 et 22 décembre). Pour autant, on note depuis le début de l’année une tendance haussière (+1,52% en 5 jours).

Le MACD est négatif et inférieur à sa ligne de signal. Le RSI n'indique pas encore une survente donc la tendance baissière est techniquement possible, d’autant plus que les stochastiques ne donnent pas de signaux clairs pour les jours à venir. Néanmoins, on peut s’intéresser à la valeur car on note plusieurs indicateurs qui s’améliorent progressivement tels que le passage en hausse de la MM20 et un MACD qui se rapproche de sa ligne de signal. D’ailleurs, Vivendi a renoué le 29 décembre 2016 avec les 18EUR.

Enfin, une donnée très importante est la force relative. La force relative permet d’évaluer la performance d’un titre par rapport à un indice. Si l’on regarde la force relative du titre VIV par rapport à de l’indice CAC Services aux consommateurs, on s’aperçoit qu’il est de 6,8%. Autrement dit, le titre a progressé de 6,3% de plus que la moyenne des valeurs du secteur. Encore une fois, cet indicateur nous prouve la bonne santé financière de Vivendi.

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Voici un récapitulatif des grosses variations du cours durant ce dernier mois:

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IV. Conclusion

Ainsi, Vivendi dispose de fondamentaux solides et ses derniers résultats, qui ont étonné le marché, sont un gage de confiance. D’une manière générale et dans une optique à court terme, la société présente une situation fondamentale intéressante.

Le titre montre de l'hésitation, il est haussier sur le court terme mais reste en baisse sur un horizon moyen terme. Pour autant, sa tendance long terme, lisible sur la moyenne 100 jours, est bien orientée. En effet, la tendance reste fermement ancrée à la hausse, aucun nuage noir à signaler d'un point de vue technique. Nous pouvons donc nous positionner à l’achat avec un objectif de 19 EUR soit un potentiel de 3,6%. Nous pouvons également conserver le titre pour profiter de son potentiel complémentaire.

Néanmoins, de nombreux analystes estiment qu’il existe encore beaucoup trop d’incertitudes (menace Netflix/BeIN pour Canal, Studio + face au défi du gratuit à travers Youtube, les plateformes de streaming ou même les réseaux sociaux, et marché de la musique en difficulté) pour se repositionner sur le titre. Par conséquent, si l’on achète, un stop loss à 17,5EUR serait une bonne option pour se protéger.

Sources : Les Echos, ProRealTime, Boursorama, Zone de bourse, vivendi.com